mardi 4 novembre 2014

"Charlotte" de David Foenkinos

"Charlotte"

de David Foenkinos

éditions Gallimard


Résumé:
Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, une jeune artiste allemande réfugiée en France. L'enfance de Charlotte est marquée par le terrible suicide de sa mère,ce qui fait d'elle une jeune fille renfermée et sensible. Elle est très douée pour la peinture mais ses origines excluent toute reconnaissance dans ce milieu. Elle se réfugie donc en France, coupée de sa famille et de son premier amour. Elle entreprend alors la création de l'oeuvre de sa vie.


Mon avis:
On connaissait la plume un peu loufoque de David Foenkinos, on découvre une autre facette de cet auteur qui nous livre dans ce roman toute son obsession et son admiration pour Charlotte d'une manière aussi originale que poétique. Un petit bijou que l'on referme avec la furieuse envie d'aller découvrir les peintures de Charlotte. Bien plus qu'une biographie, ce livre est une ode à la création, à l'art et à la vie.


Morceaux choisis:
"Nous sommes maintenant en 1930.
Charlotte est devenue une adolescente.
Les gens aiment à dire qu'elle est dans son monde.
Etre dans son monde, cela engendre quoi?
La rêverie, et la poésie sûrement.
Mais aussi un étrange mélange de dégoût et de béatitude.
Charlotte peut sourire et souffrir en même temps." (p. 38) 

"Fallait-il aller au bout du supportable?
Pour enfin considérer l'art comme seule possibilité de vie.
Ce que Moridis a dit, elle le ressentait.
Dans sa chair, mais sans en avoir la conscience.
Comme si le corps était toujours en avance sur l'esprit.
Une révélation est la compréhension de ce que l'on sait déjà.
C'est le chemin qu'emprunte chaque artiste.
Ce tunnel imprécis d'heures ou d'années.
Qui mène au moment où l'on peut enfin dire: c'est maintenant." 
(p. 173)


L'auteur:
David Foenkinos est un romancier français, né le 28 octobre 1974 à Paris. Connu et reconnu dans le monde littéraire, il a obtenu de nombreux prix et son roman "la délicatesse" a été adapté au cinéma avec Audrey Tautou notamment.


lundi 3 novembre 2014

"Entre mes mains le bonheur se faufile" d'Agnès Martin-Lugand

"Entre mes mains le bonheur se faufile"

 d'Agnès Martin-Lugand
éditions Michel Lafon







Résumé:
Iris a une passion pour la couture, elle rêvait d'en faire son métier lorsqu'elle était jeune mais ses parents ne l'entendaient de cette oreille. Aujourd'hui, enfermée dans une vie qui ne lui convient plus, elle se demande qui elle est vraiment et si elle n'a pas laissé passer sa chance. Elle se décide à faire ce qu'elle a toujours voulu faire. A Paris, elle rencontre Marthe qui devient son mentor dans le milieu de la mode, et Gabriel. 


Mon avis:
J'avais adoré le premier roman d'Agnès Martin-Lugand pour sa simplicité et l'authenticité des personnages, ce deuxième roman est différent. Il nous entraîne dans les interrogations d'une jeune femme qui prend sa vie en mains et qui décide de penser à elle, la quête d'identité est un thème qui fonctionne bien dans ce livre, mais les personnages secondaires, notamment Marthe, sont très ambiguë voir diaboliques, et c'est ce qui m'a un peu dérangé. J'avais tellement apprécié la transparence des émotions des personnages dans "Les gens heureux lisent et boivent du café" que le côté machiavélique de "Entre mes mains le bonheur se faufile" m'a dérouté. Cependant, on se laisse prendre au jeu et on lit ce livre d'une traite grâce à la subtile et sublime plume de l'auteur.    


Morceaux choisis:

"J'ouvris la porte, lui jetai un dernier regard et pénétrai dans la cour. Une fois seule, je m'écroulai le dos contre la porte. Je venais de laisser une partie de moi sur le trottoir. Le bois trembla. Un coup venait d'être porté. Mon Dieu, faites qu'il s'en aille, pensais-je, sinon je ne tiendrai pas. Après ce qui me sembla une éternité, la moto démarra." (p. 224)





L'auteur:
Agnès Martin-Lugand était psychologue clinicienne avant de se consacrer pleinement à l'écriture depuis le succès de son premier roman "Les gens heureux lisent et boivent du café". Elle signe ici son deuxième roman.

lundi 22 septembre 2014

"Café Lowendal et autres nouvelles" de Tatiana De Rosnay

"Café Lowendal et autres nouvelles"

de Tatiana De Rosnay

éditions Le Livre de Poche


Résumé:
Le Livre de Poche a eu la bonne idée d'éditer dans un recueil les nouvelles que Tatiana De Rosnay avait écrit dans des magazines comme "Elle" ou "Marie-Claire". Ces nouvelles nous parlent d'adultère, de passion, de faux semblants, de destin sur un ton tour à tour mordant, mystérieux ou sensuel.



Mon avis:
Je ne cache plus mon admiration pour cet auteur qui a su encore une fois me transporter. Ces nouvelles peignent le monde d'aujourd'hui soit de manière sombre en nous montrant que la folie, l'hypocrisie et la perversion existent, ou bien avec un voile d'espoir qui nous laisse imaginer des lendemains heureux. Le genre de la nouvelle est respecté avec des fins étonnantes ou ouvertes qui ne peuvent pas laisser les lecteurs indifférents. Tatiana De Rosnay maitrise ce genre en y ajoutant beaucoup de sensibilité et d'émotions.


Morceaux choisis:
En choisissant un extrait en particulier, j'avais peur de gâcher l'effet de surprise d'une nouvelle, donc voici la première page de la première nouvelle du recueil "Café Lowendal":
"Cela fait cinq ans. Je peux à présent en parler. En parler sans frissonner. Je peux même écrire son nom: Victoria. Victoria. Victoria. Ecrire son nom sans avoir mal au ventre. Sans avoir envie de ma cacher. Envie de la tuer. Envie de pleurer. Envie de mourir. C'est long, cinq ans. Long sur le papier. Cinq agendas. Cinq étés. Cinq hivers. Un quinquennat. Mais dans la vie, dans la vraie vie, celle qui coule, fluide, celle qu'on ne voit pas passer, cinq ans, c'est court. C'est comme hier. Je me souviens de tout. Je me souviens de chaque instant. De chaque détail. Je me souviendrai ma vie entière de Victoria." (p.13) 


L'auteur:
Tatiana De Rosnay est une romancière franco-anglaise née en 1961.
Pour en savoir plus: http://lecumedenosjours.blogspot.fr/2014/05/son-carnet-rouge-de-tatiana-de-rosnay.html

lundi 15 septembre 2014

"La vérité sur l'Affaire Harry Quebert" de Joël Dicker

"La vérité sur l'Affaire Harry Quebert" 

de Joël Dicker

éditions De Fallois Poche


Résumé:
Marcus Goldman est un jeune écrivain qui a connu un immense succès avec son premier roman, mais il peine à écrire le second, il est en manque d'inspiration. C'est alors que son ancien professeur et désormais ami Harry Quebert est accusé d'un meurtre survenu 33 ans plus tôt, lorsque l'on découvre dans son jardin les ossements d'une jeune fille disparue avec laquelle il aurait eu une liaison. Persuadé de l'innocence de son ami, Marcus se lance à corps perdu dans une enquête pleine de fausses pistes et de rebondissements.


Mon avis:
Il est difficile de s'arrêter dans la lecture de ce thriller déroutant qui malmène son lecteur! On ne sait plus où est la vérité ni qui croire, les apparences sont plus que trompeuses et c'est avec beaucoup de virtuosité que Joël Dicker tient perpétuellement son lecteur en haleine. Un bon gros roman sur les apparences, la société, la justice, les médias mais aussi sur comment écrire un roman, l'inspiration, l'amitié et la loyauté.


Morceaux choisis:
"Cela se produisit le jeudi 12 juin 2008. J'avais passé la matinée chez moi, à lire dans le salon. Dehors, il faisait chaud mais il pleuvait: il y avait trois jours que New York était arrosé par une bruine tiédasse. Aux environs de treize heures, je reçus un coup de téléphone. Je répondis, mais il me sembla d'abord qu'il n'y avait personne au bout du fil. Puis, je distinguai un sanglot étouffé.
- Allô? Allô? Qui est là? demandai-je.
- Elle… elle est morte.
Sa voix était à peine audible, mais je le reconnus immédiatement.
- Harry? Harry, c'est vous?
- Elle est morte, Marcus.
- Morte? Qui est morte?
- Nola.
- Quoi? Comment ça?
- Elle est morte, et tout est ma faute. Marcus… qu'ai-je fait? Bon sang, qu'ai-je fait?
Il pleurait." (p. 51)


L'auteur:
Joël Dicker est un écrivain suisse, né à Genève le 16 juin 1985.
"La vérité sur l'affaire Harry Quebert" paru en 2012 est son deuxième roman, il a obtenu le prix Goncourt des lycéens 2012 et le grand prix du roman de l'Académie française.


"Dans la remise" d'Inès Benaroya

"Dans la remise" d'Inès Benaroya

éditions Flammarion

Résumé:
Anna vit avec son mari Bertrand. Elle se croyait heureuse jusqu'au jour où elle découvre un enfant qui dort dans la remise au fond du jardin. Anna, qui jusque là avait été très clair sur son désir de ne pas avoir d'enfant, se pose alors beaucoup de questions, elle n'ose pas aller à la rencontre de cet enfant de peur de briser le charme. Et puis, elle perd sa mère avec laquelle elle n'a jamais eu véritablement de lien. Et tout semble basculer.


Mon avis:
Un premier roman intéressant qui parle du désir des femmes d'avoir des enfants et du lien mère-fille. A la lumière des évènements de la vie de son personnage, l'auteur revient sur le passé d'Anna, sur le manque d'amour de sa mère, sur son deuil, sur son désir tardif d'avoir un enfant qui révèle la force de l'insconscient.
Un roman étrange et intriguant, très bien écrit, qui ne laisse pas indifférent.


Morceaux choisis:
"Elle se penche par la mince ouverture entre les volets. L'intérieur est plongé dans un demi-jour qui contraste avec la lumière du dehors. Il fait frais là-dedans, ce n'est pas désagréable si ce n'est l'odeur de moisi qui picote le nez. De l'obscurité se détache un bric-à-brac confus, les ombres grises des vélos posés contre le mur, un lampadaire oblique, des cartons pêle-mêle. Sur le vieux canapé au fond de la pièce, une couverture a été dépliée et recouvre une masse dont les plis et les replis suggèrent la forme d'un corps. D'ailleurs un bras pend à l'extérieur, main dans le vide. Une petite main crasseuse. L'autre bras est replié en oreiller, sur lequel repose une touffe noire de cheveux. Au sol, un sac à dos décoré d'un Mickey.
Un enfant dort sur le canapé, allongé de tout son long, dans un relâchement total." (p.13)


L'auteur:
On sait très peu de choses sur Inès Benaroya qui signe ici son premier roman.



dimanche 17 août 2014

"Muchachas 3" de Katherine Pancol

"Muchachas 3" de Katherine Pancol

éditions Albin Michel


Résumé:
Dans ce dernier tome, l'auteur revient sur l'histoire de Stella et Léonie. On en apprend plus sur le passé de Léonie et sur le lien qui unit Stella et Joséphine. Hortense rentre à Paris pour percer dans la mode pendant que Gary part en vacances.


Mon avis:
Je suis un peu déçue par ce dernier tome et surtout par son dénouement. En effet, la plus grande partie du roman est consacrée à Stella et Léonie ce qui est très intéressant mais du coup on a l'impression que les autres personnages sont mis de côté. De plus, le dénouement tant attendu se fait attendre très longtemps et est vite expédié dans les toutes dernières pages. 
Ceci dit, je me suis quand même laissée embarquer dans cette histoire et coup de marketing ou pas, je trouve que Katherine Pancol a une écriture agréable et fluide et surtout que ses personnages semblent prendre complètement vie sous sa plume. Maintenant je me demande ce qu'ils vont tous devenir, ces personnages, et s'il y aura une suite.
 

Morceaux choisis:
"Elle contemple la rivière. Elle aurait envie de relever sa jupe, de fouler l'herbe, de s'approcher, de tremper ses pieds dans l'eau froide et claire, de remuer les orteils, de sourire de les voir pâles, recroquevillés, envie de sentir les cailloux pointus, les cailloux ronds, de les faire rouler, de perdre l'équilibre peut-être, de se rattraper en faisant le balancier, elle savait faire le balancier.
Comme avant. Comme avant." (p.414)


L'auteur:
Katherine Pancol est une romancière française née le 22 octobre 1954. Elle fait l'objet de critiques plutôt contreversées, soit très élogieuses, soit très négatives. Mais que l'on aime ou pas le style de cet auteur dans le milieu littéraire, on peut au moins lui reconnaître une forte capacité à vendre des livres là où d'autres échouent.
 
 

samedi 9 août 2014

"Les gens heureux lisent et boivent du café" d'Agnès Martin-Lugand

"Les gens heureux lisent et boivent du café" d'Agnès Martin-Lugand

éditions pocket


Résumé:
Cela fait un an que Diane a perdu son mari et sa fille dans un accident de voiture, un an qu'elle ne sort plus de chez elle, qu'elle ne travaille plus, qu'elle fume toute la journée, porte le sweat de son mari et se lave les cheveux avec le shampoing de sa fille. Afin de fuir ceux qui voudraient qu'elle se ressaisisse, elle décide d'aller vivre en Irlande pour un temps indéterminé. Elle espère être tranquille mais dans son exil, elle sera confrontée aux autres et surtout à elle-même.


Mon avis:
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce roman ne tend pas vers le mélodramatique. L'histoire est bien celle de Diane et du deuil qui la touche mais il décrit surtout ce phénomène de résilience, cette force que l'on trouve au fond de soi et qui permet d'aller de l'avant malgré tout.
Ce livre m'a beaucoup plus car il est extrêmement touchant. L'histoire est bien écrite et les personnages sont attachants de par leur sincérité et les évènements qui ont forgé leur caractère. Une simple rencontre à un moment donné peut briser la carapace que l'on tente de se forger, ne plus aimer pour ne plus souffrir ne semble pas être l'adage qui va avec le fait d'être vivant. 
On referme ce livre avec les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres. 


Morceaux choisis:
"Le froid du carrelage ne me fit pas réagir, je m'en moquais. L'eau coulait sur mon corps sans m'accorder le moindre bien-être. Je remplis ma main du shampoing à la fraise de Clara. L'odeur sucrée me tira quelques larmes mêlées d'un réconfort morbide.
Mon rituel pouvait commencer. J'aspergeai ma peau du parfum de Colin, première couche de protection. Je fermai les boutons de sa chemise, deuxième couche. J'enfilai son sweat à capuche, troisième couche. Je nouai mes cheveux mouillés pour conserver leur odeur de fraise, quatrième couche." (p. 18)

"Je n'entendais plus ce qu'il me racontait, je le fixais et le redécouvrais, ses cheveux en bataille, sa barbe de trois jours, la couleur de ses yeux. Je sentis son parfum pour la première fois, un mélange de savon et de tabac froid. L'émotion fut telle que je dus fermer les paupières." (p. 127)


L'auteur:
Agnès Martin-Lugand a été psychologue clinicienne avant de se consacrer à l'écriture. "Les gens heureux lisent et boivent du café" est son premier roman qu'elle avait d'abord auto-édité sur le net avant d'être publié par les éditions Michel Lafon.

dimanche 22 juin 2014

"Nos étoiles contraires" de John Green

"Nos étoiles contraires" de John Green

éditions Nathan


Résumé:
Hazel a 17 ans et un cancer. Au groupe de soutien où sa mère l'oblige à aller, elle rencontre Augustus. Hazel survit avec un traitement expérimental et Augustus est en rémission. Ils deviennent vite inséparables, se passionnant pour un roman qui se termine au milieu d'une phrase car la narratrice meurt du cancer. Ils cherchent à tout prix à rencontrer l'auteur pour qu'il puisse répondre aux questions qu'ils se posent sur ce livre.


Mon avis:
J'ai beaucoup aimé ce roman de fiction, comme le précise l'auteur, ce n'est pas une histoire vraie sur des jeunes atteints de cancer, tout est fictif et beau malgré la maladie et la mort. Au delà d'une histoire d'amour, c'est une histoire poignante sur la vie, sur les rêves à réaliser et sur l'éternelle insatisfaction des hommes.
Ce livre est classé dans les romans adolescents et c'en est bien un, un de ceux qui peuvent toucher au plus profond une jeune fille de 16 ans mais aussi les adultes, un de ceux qui bouleversent, qui nous obligent à revoir le chemin parcouru à la lueur de la passion et de l'inéluctable fin afin de profiter au mieux de ce qui s'offre à nous.


Morceaux choisis:
"L'avenir me manquait. Je savais, bien sûr, même avant sa rechute que je ne vieillirais pas avec Augustus Waters. Mais en pensant à Lidewij et à son petit ami, j'ai eu le sentiment d'avoir été dépossédée. Je ne reverrai sans doute jamais plus l'océan d'un hublot à neuf mille mètres d'altitude, de si haut qu'on ne distingue plus ni les vagues ni les bateaux et que l'océan ressemble à une monolithe splendide et interminable. Je pouvais l'imaginer. Je pouvais m'en souvenir. Mais je ne pourrais pas le revoir. J'ai compris alors que les hommes ne peuvent se satisfaire de rêves réalisés, car il reste toujours l'idée que tout peut être refait, en mieux." (p. 319)


L'auteur:
John Green est né le 24 août 1977 à Indianapolis. C'est un auteur américain de fictions pour adolescents et jeunes adultes. Son premier roman "Qui es-tu Alaska?" a été publié en 2005.


En plus:
Le film tiré de ce roman sera au cinéma le 20 août 2014

dimanche 18 mai 2014

"Muchachas 2" de Katherine Pancol

"Muchachas 2" de Katherine Pancol

éditions Albin Michel


Résumé:
Dans ce deuxième tome, Katherine Pancol revient plus longuement sur les personnages de la trilogie précédente. On suit les aventures d'Hortense et Gary à New-York, de Joséphine en France et de Shirley à Londres. On en apprend plus sur de nouveaux personnages déjà évoqués dans le tome 1: Calypso et Elena. 
Gary se prépare au concert de fin d'année à la Julliard School et il choisit Calypso pour l'accompagner, lui au piano, elle au violon. Hortense trouve enfin l'idée du siècle pour sa future collection de mode et Elena est prête à financer son projet. Shirley en pleine crise sentimentale fuit Londres et Joséphine se demande qui est cet inconnu qui la suit partout.


Mon avis:
On se laisse autant envouter par cet opus que par le précédent. L'auteur a encore une fois l'art et la manière de nous faire découvrir les évènements marquants du passé, les questionnements,  et les ressentis de ses personnages. Et encore une fois, c'est comme si on les connaissait bien, ils nous rappellent des amis. On se reconnaît forcément dans une ou plusieurs de ces femmes amantes, aimantes, mères, filles, battantes, victimes, artistes, intellectuelles, sûres d'elles ou si peu sûres d'elle. Il y a un peu de chacune de nous en elles. C'est ce qui fait la force de l'écriture de Katherine Pancol et le plaisir que nous procure la lecture de ce roman.


Morceaux choisis:
"Elle n'a pas faim, elle le goûte des yeux et cela la remplit d'une joie gourmande. Soulevée par un élan mystérieux qui l'emporte aussi sûrement que les notes de son violon. Elle n'est pas servante, elle ne s'abîme pas dans sa contemplation, oh non! bien au contraire, elle est géante, elle sent pousser en elle une force inconnue qui lui donne des ailes. Que c'est beau, ce sentiments nouveau qu'on appelle "amour" et qu'elle ne connaissait pas. Elle se répète, ébahie, ainsi c'est cela, c'est cela et je ne le savais pas. Elle sourit à demi. Son coeur chante. Elle aime! Elle aime! L'univers se résume à ces mots-là. Elle n'a besoin de rien d'autre." (p. 78)

"- Elle est fragile, j'ai toujours peur de la casser, et en même temps, elle ne rompt jamais. Dure comme de l'acier! Elle se croit terne, sans grâce, et fait preuve d'un savoir-faire de courtisane rouée. Je ne sais jamais sur quel pied danser. Elle a dix ans, vingt ans, quarante ans... Parfois, elle doute et chancelle, et puis elle monte au front. Oui, elle me manque." (p.252)

"Je ne suis pas guérie.
Le coupable vit toujours. A l'intérieur de moi. Je le loge, le nourris, le blanchis. A l'oeil. En échange, il me torture en toute impunité.
Je continue à tomber amoureuse d'hommes interdits. De ceux qu'il ne faut surtout pas approcher de peur d'être grillée vive. Comme si je ne me donnais aucune chance. Comme si je m'interdisais toute possibilité d'être heureuse." (p. 295)


L'auteur:
Katherine Pancol est une romancière française. Elle est surtout connue pour sa trilogie précédente dont le premier tome a été adapté au cinéma "Les yeux jaunes des crocodiles" avec Julie Depardieu, Emmanuelle Béart et Patrick Bruel.

lundi 12 mai 2014

"Son carnet rouge" de Tatiana de Rosnay

"Son carnet rouge" de Tatiana de Rosnay

éditions Héloïse d'Ormesson


Résumé:
Tatiana de Rosnay nous propose 11 nouvelles sur le thème de l'adultère. Il y a celui qui couche avec la jeune fille au pair, la meilleure amie ou la prostituée, il y a celui qui laisse traîner un carnet rouge avec les prénoms de ses conquêtes, des SMS compromettants ou un message sur le répondeur familial. Il y a celle qui veut se venger, qui pardonne, qui reste ou qui quitte. Mais il y a toujours la trahison et la souffrance.


Mon avis:
C'est toujours avec délectation que je me plonge dans les livres de Madame de Rosnay. A part quelques nouvelles parues dans des magazines l'été, je ne l'avais pas encore pleinement savouré dans ce genre littéraire et je dois dire que je suis convaincue par le charme qui s'opère. On s'attend à la chute de quelques nouvelles et puis pour d'autres, on est surpris par une fin qui reste en suspens ou par le choix que font les protagonistes. On lit avec avidité cette suite de textes qui révèlent avant tout la complexité du genre humain, de ses émotions et de ses ressentis. Et comme à son habitude, l'auteur excelle dans l'art de nous embarquer dans ses histoires.


Morceaux choisis:

"La femme qui me contemplait dans le miroir était une inconnue. Elle me ressemblait vaguement, surtout les cheveux. Pour le reste, c'était une étrangère. Ses traits étaient marqués, des lignes profondes creusaient son visage de son nez à sa bouche; ses yeux semblaient éteints; son teint cireux, presque verdâtre. Je ne la connaissais pas, mais en même temps, elle m'était familière." (p. 98)

"- Ne vous inquiétez pas, lança Louise par-dessus la balustrade d'une voix presque normale. Je me sens parfaitement bien. A vrai dire, je meurs de faim. Je me faisais une joie de ces sushis. Quel dommage! Je ne pourrai pas déjeuner avec Julietta parce que je vais la tuer." (p.143)

"Sa femme le contemple avec tristesse, avec douleur, avec dégoût. Avant de s'en aller, elle enlève son alliance et la pose délicatement sur le capot de la voiture, sans un mot." (p. 159)


L'auteur:
Tatiana de Rosnay est née le 28 septembre 1961 d'une mère britannique et d'un père français. Elle est journaliste, scénariste et écrivain. Elle a écrit de nombreux romans avant de se faire connaître avec "Elle s'appelait Sarah" en 2006 qui a été adapté au cinéma.
Pour l'avoir rencontrée deux fois, je peux ajouter que c'est une personne adorable et abordable, toujours souriante, toujours un mot gentil. Je lui voue une sincère admiration.





samedi 3 mai 2014

"Et tu danses, Lou?" de Pom Bessot et Philippe Lefait

"Et tu danses, Lou" de Pom Bessot et Philippe Lefait

éditions Stock


Résumé:
Lou naît il y a 17 ans, fruit de l'amour d'un homme et une femme. Mais Lou n'est pas comme les autres, hasard génétique. Alors cet homme et cette femme, ce père et cette mère écrivent sur cette vie de famille qui impose son lot d'injustices, de souffrances et d'émotions. 

Mon avis:
Pom Bessot nous livre ses sentiments à la  naissance de Lou et Philippe Lefait nous exprime ce qu'il ressent avec le recul 17 ans après. Leur dialogue est sincère et émouvant. Ils nous livrent leurs forces et leurs faiblesses tout simplement et on se dit que le poids de la fatalité a parfois le pouvoir de multiplier l'amour de façon exponentielle.

Morceaux choisis:
"Nous dansons tous les trois.
Nous dansons le bonheur au creux de notre coeur, le bonheur gagné de nos aventures respectives, et celui de cette journée exceptionnelle.
Légers, heureux, concentrés, portés par notre histoire.
C'est à l'exacte mesure de l'amour qui nous lie, qui nous tient et que nous pouvons ce soir exprimer devant nos familles et nos amis. C'est le théâtre de notre intimité qui ne pourra jamais se dire autrement ni un autre jour." (p.15)

"Nous sommes tous différents, porteurs de signes particuliers.
Mais toi, tu es faite en grand.
Ta singularité est immense.
Et les montagnes d'amour que tu sais susciter chez nous sont somptueuses, à en donner souvent le vertige." (p. 193)

Les auteurs:
Pom Bessot est éditrice.
Philippe Lefait est né le 27 décembre 1953, il est journaliste à France Télévisions et a dirigé sur France 2 le magazine culturel "Des mots de minuit".

lundi 7 avril 2014

"Central Park" de Guillaume Musso

"Central Park" de Guillaume Musso


éditions XO


Résumé:
Alice se retrouve menottée à un inconnu sur un banc de Central Park à New York. La veille, elle faisait la fête avec ses amies sur les Champs Elysées à Paris, et l'inconnu, Gabriel, jouait du piano dans un bar à Dublin.
Pourquoi Alice a-t-elle une arme et le chemisier tâché de sang?
La jeune flic va tout faire pour découvrir ce qui lui est arrivée quitte à replonger dans les affres de son passé.

Mon avis:
Comme à son habitude, Guillaume Musso nous emmène dans une enquête rythmée et efficace où il nous tarde de découvrir le fin mot de l'histoire, qui est entre nous un peu "tiré par les cheveux". 
Les romans de Musso ont toujours le pouvoir de m'embarquer comme dans un film tellement les descriptions des personnages et des lieux  sont visuelles et cinématographiques. Mais même si tout est mis en place pour appâter le lecteur dans un thriller psychologique, j'aimais bien ses histoires où le surnaturel se mêlait à la réalité.
On aime ou on n'aime pas mais il n'y a aucun doute sur le fait que cet auteur a trouvé la recette miracle pour écrire des romans où on se plonge à perdre haleine.

Morceaux choisis:
Cet extrait ne montre en rien l'intensité et le suspense de l'intrigue mais c'est mon côté fleur bleue qui l'a choisi! 
"Je sens ses yeux posés sur moi. J'ai l'impression de le connaître depuis toujours. Je ne comprends pas comment un lien aussi intime a pu se tisser si vite entre nous.
Il y a des moments rares dans l'existence où une porte s'ouvre et où la vie vous offre une rencontre que vous n'attendiez plus. Celle de l'être complémentaire qui vous accepte tel que vous êtes, qui vous prend dans votre globalité, qui devine et admet vos contradictions, vos peurs, votre ressentiment, votre colère, le torrent de boue sombre qui coule dans votre tête. Et qui l'apaise. Celui qui vous tend un miroir dans lequel vous n'avez plus peur de vous regarder." (p. 101)

L'auteur:
Guillaume Musso est un écrivain français né le 6 juin 1974. Il a été professeur de sciences économiques et sociales avant de connaître un grand succès avec ses romans: "Et après..." (2004), "Sauve-moi" (2005), "Seras-tu là?" (2006). Depuis, il en écrit un par an.
Certains de ses romans ont été adaptés au cinéma notamment "Et après..." en 2009 avec Romain Duris, John Malkovich et Evangeline Lilly.
   

mardi 1 avril 2014

"La vie en mieux" d'Anna Gavalda

"La vie en mieux" d'Anna Gavalda


éditions le dilettante


Résumé:
Mathilde a 24 ans et la sensation de n'être à sa place nulle part, ni dans cet appartement où elle vit en colocation avec deux soeurs, ni dans ce boulot où elle travaille pour son beau frère. Alors elle sort et boit pour s'anesthésier, pour oublier que ce n'est pas la vie dont elle avait rêver, jusqu'au jour où elle perd son sac et qu'un inconnu le retrouve.
Yann a 26 ans, vit avec sa petite amie et a un job bien en-dessous de ses compétences. Il s'ennuie et s'en veut souvent d'avoir choisi la stabilité et la simplicité plutôt que l'incertitude et l'amour, jusqu'à ce qu'il rencontre ses voisins.
Sur la couverture: 

"Deux histoires.
Deux histoires de jeunes gens de notre temps, repus, mais affamés, polis, mais enragés, qui préfèrent encore prendre le risque de se tromper de vie plutôt que de n'en vivre aucune."


Mon avis:
L'idée est bonne et l'histoire est jolie. Mathilde et Yann sont des personnages aussi paumés qu'attachants, ils sont simples, ils peuvent être tout le monde et n'importe qui, ils peuvent être nous qui choisissons la facilité et qui avons peur de prendre des risques. Mais ils se bousculent, ils suivent leur instinct, leur rêve d'une vie pas forcément meilleure mais une vie qui leur convient mieux.
J'ai aimé les personnages et l'histoire mais je reste sceptique sur l'écriture très familière. Ce livre est écrit comme on parle et j'avoue que j'aime lire autrement que ce que j'entends tous les jours, j'aime un style un peu plus soutenu dans l'écriture. Alors bien sûr il est facile à lire et je me suis quand même laissée porter mais souvent ce langage m'a dérangé notamment dans l'histoire de Mathilde où on ne sait plus si elle se parle à elle-même, si elle nous parle à nous ou si c'est l'auteur qui nous parle. Je crois que c'est cette façon de héler le lecteur qui m'a surtout gêné car finalement ce n'est pas un effet de style nécessaire.


Morceaux choisis:
"Pourtant ce fut ma dernière cuite.
Et comme ils n'ont l'air de rien, ces trois petits mots vertueux mis à la queue leu leu: ma-dernière-cuite, je ne m'en suis pas méfiée.
J'ai eu tort.
C'est très mauvais signe.
Car que reste-t-il aux gens qui ont cessé de boire alors même qu'ils s'y appliquaient par politesse du désespoir?
Le désespoir." (p. 105)

"On dira: "ce sont des détails." Bien sûr, bien sûr... Mais, vous savez, il n'y a pas besoin de suivre les cours d'une école de design pour reconnaître l'importance des détails. Le plus émouvant ne saute jamais aux yeux puisque c'est le regard qui le trouve et le reste...
Le reste a moins d'intérêt." (p. 199)

"- Mais, Yann... Mon jeune ami... Bien sûr que je la connaissais. Les gens qu'on aime, on ne les rencontre pas, voyons, on les reconnaît. Vous ignoriez cela?" (p. 223)


L'auteur:
Anna Gavalda est née le 9 décembre 1970. Elle est romancière et professeur de français. Elle écrit des nouvelles, des romans et des romans pour la jeunesse. Elle est l'auteur de romans à succès notamment "Ensemble, c'est tout" qui a été adapté en film par Claude Berri avec Audrey Tautou et Guillaume Canet.


En plus:
dilettante, nom commun, mot italien: personne qui s'adonne à une occupation, à un art en amateur, pour son seul plaisir. Personne qui ne se fie qu'aux impulsions de ses goûts. (Le Petit larousse)

mardi 25 mars 2014

"La tête ailleurs" de Nicolas Bedos

"La tête ailleurs" de Nicolas Bedos


(éditions Robert Laffont)

Résumé:
Nicolas Bedos nous raconte une année avec lui (de l'été 2012 à septembre 2013) sur un fond d'actualités. Il nous parle de la politique française avec entre autre son aversion pour Copé, de l'affaire DSK, de l'avenir incertain du cinéma et de la presse, du mauvais temps et surtout il nous parle de lui, de ses craintes, de son amour pour une belle blonde, de son envie de paternité.

Mon avis:
Pour tous ceux qui en doutaient encore, Nicolas Bedos est un excellent écrivain avec une plume à la fois acide, douce et mélancolique. Bien loin de son image de fanfaron télévisuel, il nous livre ici une partie de son intimité et l'on découvre enfin cet être si sensible et si attachant.

Morceaux choisis:
"Ma blonde. Peur qu'elle me quitte de peur que je la quitte de peur qu'elle me quitte (relisez cette phrase, elle est très cohérente). On s'aime aux aguets, le fusil de l'autre collé contre le coeur. Pour l'instant, nos baisers font office de cran de sûreté -"Non, ne tire pas tout de suite, il me reste trois soupirs"-, mais nous sentons l'odeur de poudre sous la couette." (p. 108)

"Vous l'aurez compris, je perds à tous les coups, car, dans les plis du drap, les miettes du mal me brutalisent et celles du bien me nostalgisent." (p. 140)

"Le monde qui se dessine est un rêve de déprimé. Le déprimé que j'étais. Infoutu de sortir de chez lui. Peur et fatigue d'affronter la castagne à l'air libre, les bousculades du dehors. Il drague, visionne, commande, s'éduque, dialogue, bouffe et lit dans son lit.
18 heures. Il est temps que je télé-décharge toute cette aigreur dans l'eau presque pure de la Méditerranée." (p. 281)

"Tout allait très bien. Jusqu'à ce qu'elle me quitte. Je vais devoir raccrocher, car il m'est difficile de parler et de pleurer à la fois. Demain, j'appellerai quand même les flics, afin qu'ils tentent de retrouver les raisons de cette rupture, ainsi que la grosse valise qui contenait tout mon bonheur." (p. 304)

L'auteur:
Nicolas Bedos est né le 21 avril 1980. Il écrit des pièces pour le théâtre, tient une chronique à la radio puis à la télévision intitulée "la semaine mythomane". Il fait aussi du cinéma, on le retrouve notamment dans "Amour et turbulences" d'Alexandre Castagnetti. Depuis septembre 2013, il est chroniqueur dans l'émission "On n'est pas couché" de Laurent Ruquier. 
Nicolas Bedos est une personnalité très controversée car "politiquement incorrecte", on est d'accord ou non avec lui mais on ne peut pas nier son intelligence et la finesse de sa plume.

En plus:
Juste parce que j'ai rencontré Nicolas Bedos au Salon du livre 2014:





dimanche 16 mars 2014

"L'amour sans le faire" de Serge Joncour

"L'amour sans le faire" de Serge Joncour

(éditions J'ai lu)

Résumé:
Franck n'est pas retourné à la ferme depuis dix ans. Autant de temps où il n'a pas vu ses parents. Depuis que son frère est mort.
Louise va passer quelques jours à la ferme pour voir son fils. Elle est la veuve du frère de Franck.
C'est l'histoire de ces deux personnes portants le poids et la douleur de leur passé. 
C'est surtout l'histoire de leur rencontre. Ils vont se comprendre sans se parler et s'aimer sans se le dire, et peut-être s'apaiser tous les deux pour l'avenir.

Mon avis:
Ce roman est très bien écrit. Le présent et le passé des deux personnages racontés en alternance nous permettent d'approcher ces deux écorchés. L'auteur laisse entrer le lecteur dans l'intimité de Franck et Louise avec pudeur et distance de peur de les bousculer. Et puis il y a leur rencontre et toutes les émotions qui les chamboulent et qui nous bouleversent avec eux.
Il y a aussi ce petit garçon portant le prénom d'un mort mais qui est si vivant, comme un pied de nez au passé qui permet de s'ancrer dans le présent et de se tourner vers l'avenir.
Et il y a cet hymne à la nature, à la campagne sauvage et à son caractère inéluctable que les hommes peuvent tenter d'apprivoiser sans jamais la contraindre vraiment.
Il se dégage de ce livre beaucoup de bienveillance et de pudeur, et le sentiment que l'on peut se relever doucement de ses cendres.

Morceaux choisis:
"Ne pas pouvoir s'aimer, c'est peut-être encore plus fort que de s'aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s'en tenir à ça, à cette haute idée qu'on se fait de l'autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu'au plus intime, s'aimer en ne faisant que se le dire, s'en plaindre ou s'en désoler, s'aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas, sinon à peine du bout des doigts pour une caresse, une tête posée sur les genoux, une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d'éternité, on s'aime et on s'en tient là, l'amour sans y toucher, l'amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n'enveloppe pas l'autre de sa douleur comme on le submerge de son ardeur. C'est profondément à soi une douleur. L'amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal." (p.219)

L'auteur:
Serge Joncour est né le 28 novembre 1961. Il a écrit de nombreux romans dont deux ont été adaptés en film. Il a écrit le scénario de "Elle s'appelait Sarah" le film tiré du roman de Tatiana de Rosnay.

En plus:
François Busnel dans "L'Express":
"Un formidable roman des origines. Ecrit à la bonne distance, entre espoir et fatalisme. Avec, au passage, un magnifique éloge du moment présent, de l'imprévisible et de la présence du monde."

vendredi 7 mars 2014

"Muchachas" de Katherine Pancol


"Muchachas" de Katherine Pancol

(éditions Albin Michel)

J'avais plein d'autres livres à commenter avant mais je viens de terminer celui-ci.

Résumé:
Il est difficile de résumer ce roman "chorale" où se mêle beaucoup de personnages et d'histoires différentes qui sont malgré tout liées entre elles.
On retrouve Hortense, Gary, Joséphine et Zoé de la trilogie précédente ("Les yeux jaunes des crocodiles", "La valse lente des tortues" et "Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi"). Hortense qui veut toujours percer dans la mode, Joséphine belle en amoureuse jamais sûre d'elle, et tous ceux qui gravitent autour d'elles et que l'on a plaisir à retrouver comme des amis de longue date un peu perdus de vue. Et on fait connaissance avec Stella, Tom, Léonie et bien d'autres encore. Stella qui tente d'échapper à son passé et Léonie qui tente de le comprendre. Des histoires et des destins de femmes qui se croisent et qui nous donnent beaucoup d'émotions.

Mon avis:
Katherine Pancol a l'art et la manière de nous emmener dans la vie de ses personnages, de nous les faire aimer. On a peur avec eux, on aime avec eux, on vibre tout simplement avec eux. Malgré les nombreux personnages, on sait vite qui est qui, qui est lié avec qui et on se demande qu'est-ce que ce lien va changer, quel destin va être chamboulé.
J'aime beaucoup l'écriture de cet auteur, je trouve qu'elle nous embarque facilement dans son univers, je trouve qu'elle est très douée pour ça. A partir de gens simples, elle nous donne à ressentir des vies qui deviennent presque extraordinaires.
Ce qui m'a particulièrement touché, c'est l'histoire de Léonie, cette femme battue qui pense que ce qui lui arrive est de sa faute. J'avais envie de me battre pour elle, de pleurer avec elle et ensuite de pouvoir lui dire qu'il fallait qu'elle se relève pour s'en sortir.
Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de cette lecture si vous avez envie de vous y plonger.

Morceaux choisis:
Je ne savais pas quel moment choisir alors juste un extrait de cette note de l'auteur en fin de texte:
"Le couple s'est installé à quelques tables de la mienne.
Après un long conciliabule, ils ont commandé.
Je lisais mon journal d'un oeil et observais cette famille de l'autre.
L'homme parlait à la femme tout bas, tout  bas.
Il la querellait. Elle ne bronchait pas. Elle regardait droit devant elle.
Elle était enceinte de quatre mois, peut-être cinq.

Et puis...
L'homme a levé le bras et frappé plusieurs fois.
Le visage de la femme a heurté un pilier en pierre. Il a rebondi, rebondi.
Elle n'a pas émis le moindre cri.
Elle a remis ses lunettes en place.
(...)

Plus tard, j'ai suivi la femme qui se rendait aux toilettes.
L'homme m'a rejointe, m'a cloué contre la cloison.
Tu te casses ou je la dérouille, il a dit.
Elle m'a regardée.

Je n'oublierai jamais ce regard.
Elle me suppliait de ne rien dire.
Elle m'a fait signe de partir.

Je suis partie.
Et je n'ai rien vu.
Je suis restée longtemps sans rien voir.

Jusqu'à qu'à ce que je me décide à écrire.
L'écriture sert à voir ce qu'on voudrait oublier."

L'auteur:
Katherine Pancol est une romancière française née le 22 octobre 1954.
Elle est d'abord journaliste puis devient romancière, elle écrit son premier roman en 1979 "Moi d'abord". Elle prend des cours d'écriture à l'université de Columbia puis écrit d'autres romans. En 2006, "Les yeux jaunes des crocodiles" est un véritable succès, suivent ensuite "La valse lente des tortues" (2008) et "Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi" (2010).

En plus:
"Muchachas" sera aussi un trilogie:
février 2014: Muchachas 1
avril 2014: Muchachas 2
juin 2014: Muchachas 3

Moi je dis, vivement la suite!

vendredi 28 février 2014

"Un avion sans elle" de Michel Bussi

"Un avion sans elle" de Michel Bussi

(éditions Pocket)


Voici un roman rondement mené d'une main de maître par Michel Bussi.

Résumé:
Lors d'un crash aérien en 1980, il ne reste qu'une survivante, un bébé de trois mois. Seulement il y avait deux bébés dans cet avion. Alors qui est-elle? Emilie Vitral, la petite fille d'un couple de vendeurs de frites et de saucisses dans un camion sur les fronts de mer de Dieppe, ou Lyse-Rose de Carville, petite fille d'un riche industriel français?
La justice tranche pour Emilie Vitral. Mais à ses 18 ans, elle découvre le résumé de l'enquête menée depuis tout ce temps par Crédule Grand-Duc et certains éléments ne "collent" pas.

Mon avis:
Ce roman nous plonge dans une enquête où passé et présent se mêlent, où la lecture du journal de Grand-Duc retraçant 18 ans d'enquête et les pérégrinations de Marc, le frère d'Emilie, nous permettent de voir les différents éléments sous un nouveau jour.
Comme tout bon polar qui se respecte, l'intrigue est là, mais aussi le suspens, les meurtres, les rebondissements et surtout une fin inimaginable et bluffante.
Moi qui ne suis pas fan du genre, j'ai été conquise par cette histoire qui m'a embarquée.

Morceaux choisis:
"Il n'arrivait toujours pas à croire ce qu'il voyait. Ses mains tremblaient. Un immense frisson le parcourait de la nuque au bas du dos.
Il avait réussi!
La solution se trouvait là, dans ce journal, à la une, depuis le début. elle attendait patiemment: il était rigoureusement impossible de découvrir cette solution à l'époque, dix-huit ans auparavant. Tout le monde l'avait lu, ce journal, détaillé, analysé, mille fois, et pourtant personne ne pouvait deviner, en 1980, et pendant toutes les années qui avaient suivi.
La solution sautait aux yeux... à une condition. Une seule condition. Absolument délirante. Ouvrir ce journal dix-huit ans plus tard!" (page 25)

"Ayla entendit la détonation à peine un dixième de seconde avant de sentir son épaule exploser sous l'impact. Elle s'effondra. Sa clavicule se déchira une seconde fois en heurtant violemment la terre. Ayla hurla sans retenue, sous le coup de la douleur. Elle roula sur le ventre, incapable de se tourner. Tout le haut de son corps refusait de lui obéir, ankylosé, paralysé par la souffrance. Ayla essaya vainement de se redresser par la seule force de son bras valide. Comme un enfant de quelques mois tombé sur le ventre. (...)
Elle entendit les pas s'approcher. Le bruit sinistre des feuilles écrasées, de plus en plus net.
Puis plus rien." (page 307)

L'auteur:
Michel Bussi, né le 29 avril 1965, est un auteur et politologue français, professeur de géographie à l'université de Rouen. "Un avion sans elle" est son sixième roman paru en janvier 2012 aux Presses de la Cité, il a reçu entre autre le prix Maison de la Presse en 2012.
Son prochain roman "Ne lâche pas ma main" paraîtra en mars 2013.

Dans mon tas de bouquins à lire, il y a maintenant "Nymphéas noirs" (son cinquième roman), je reviendrai vous donner mon avis!


En plus:

Une vidéo de la chanson de Charlélie Couture "Comme un avion sans ailes" dont on parle dans le roman et qui est évidemment un clin d'oeil au titre!




"L'écume des jours" de Boris Vian

"L'écume des jours" de Boris Vian



J'en parlais il y a peu avec un ami, "L'écume des jours" est et restera un de mes livres préférés.
Du coup, j'ai pris plaisir à le relire pour la dixième fois sûrement, tout en cherchant ce qui me plaît autant dans ce roman.

Résumé:
Tout d'abord l'histoire d'amour, car c'est bien de cela dont il est question, entre Chloé et Colin.
Colin est un jeune homme bien sous tout rapport mais il a envie d'être amoureux. Il rencontre Chloé à une fête en tombe amoureux et se marie avec elle. Malheureusement, Chloé tombe malade (après être tombée amoureuse), un nénuphar lui pousse dans la poitrine. Colin met tout en oeuvre pour lui rendre la vie meilleure, quitte à se mettre à travailler pour lui offrir tout ce dont elle a besoin.

Mon avis:
Au-delà du malheur qui s'abat sur Colin, je trouve ce livre extraordinairement poétique. Un univers emplit d'absurde, de jeux de mots à la Queneau, pour nous permettre de regarder le monde avec un oeil nouveau.
Malgré les thèmes sérieux abordés comme le travail, la mort ou la religion, Boris Vian nous plonge dans un univers déroutant et surréel avec l'appartement de Colin qui rétrécit et devient de plus en plus obscure en fonction de l'humeur de celui-ci, la petite souris grise aux moustaches noires qui prend soin de Chloé, et la thématique de l'écume et des marécages qui nous enlise avec les personnages.
Mais ce qu'il reste malgré tout quand on referme ce roman, c'est un élan positif, c'est cette poésie qui transcende le monde qui nous entoure et qui me donne à moi un sourire aux coins des lèvres et la foi en un monde meilleur.

Morceaux choisis:
"Chloé, vos lèvres sont douces. Vous avez un teint de fruit. Vos yeux voient comme il faut voir et votre corps me fait chaud... (...)
Il me faudra des mois, des mois pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou... (...)
Chloé, je voudrais sentir vos seins sur ma poitrine, mes deux mains croisées sur vous, vos bras autour de mon cou, votre tête parfumée dans le creux de mon épaule, et votre peau palpitante, et l'odeur qui vient de vous..." (chapitre 16)

"L'auto s'était arrêtée devant un hôtel au bord de la route. C'était la bonne route, lisse, moirée de reflets photogéniques, avec des arbres parfaitement cylindriques des deux côtés, de l'herbe fraîche, du soleil, des vaches dans les champs, des barrières vermoulues, des haies en fleur, des pommes aux pommiers et des feuilles mortes en petit tas, avec de la neige de place en place pour varier le paysage, des palmiers, des mimosas et des pins du Nord dans le jardin de l'hôtel et un garçon roux ébouriffé qui conduisait deux moutons et un chien ivre. D'un côté de la route, il y avait du vent et de l'autre pas. On choisissait celui qui vous plaisait. Un arbre sur deux, seulement, donnait de l'ombre, et dans un seul des fossés, on trouvait des grenouilles." (chapitre 26)

L'auteur:
Qui ne connaît pas Boris Vian (10 mars 1920- 23 juin 1959)?
Cet homme aux innombrables talents: écrivain, poète, parolier, chanteur, musicien de jazz, critique, compositeur, ingénieur de l'Ecole Centrale, scénariste, traducteur anglo-américain, conférencier, acteur et peintre.
Malheureusement, "L'écume des jours" écrit en 1947, n'a eu aucun succès du vivant de l'auteur.
Fan de jazz, le prénom de l'héroïne du roman est inspiré du morceau éponyme de Duke Ellington:



En plus:
Un film de Michel Gondry avec Audrey Tautou et Romain Duris a été inspiré par le roman de Boris Vian.



Je suis plutôt partagée voire déçue après avoir vu ce film malgré le  choix des acteurs que j'apprécie particulièrement. Je trouve que ce film ne rend pas hommage au roman, il tire vers le burlesque plus que vers l'absurde et on a du mal à saisir toute la poésie que l'on perçoit dans le roman. Ceci dit, il est plutôt bien réalisé et Michel Gondry donne son interprétation du roman même si celle-ci ne me touche pas autant que le roman lui-même. Mais c'est le danger avec des livres qui activent autant l'imagination que ceux de Boris Vian.