mardi 25 mars 2014

"La tête ailleurs" de Nicolas Bedos

"La tête ailleurs" de Nicolas Bedos


(éditions Robert Laffont)

Résumé:
Nicolas Bedos nous raconte une année avec lui (de l'été 2012 à septembre 2013) sur un fond d'actualités. Il nous parle de la politique française avec entre autre son aversion pour Copé, de l'affaire DSK, de l'avenir incertain du cinéma et de la presse, du mauvais temps et surtout il nous parle de lui, de ses craintes, de son amour pour une belle blonde, de son envie de paternité.

Mon avis:
Pour tous ceux qui en doutaient encore, Nicolas Bedos est un excellent écrivain avec une plume à la fois acide, douce et mélancolique. Bien loin de son image de fanfaron télévisuel, il nous livre ici une partie de son intimité et l'on découvre enfin cet être si sensible et si attachant.

Morceaux choisis:
"Ma blonde. Peur qu'elle me quitte de peur que je la quitte de peur qu'elle me quitte (relisez cette phrase, elle est très cohérente). On s'aime aux aguets, le fusil de l'autre collé contre le coeur. Pour l'instant, nos baisers font office de cran de sûreté -"Non, ne tire pas tout de suite, il me reste trois soupirs"-, mais nous sentons l'odeur de poudre sous la couette." (p. 108)

"Vous l'aurez compris, je perds à tous les coups, car, dans les plis du drap, les miettes du mal me brutalisent et celles du bien me nostalgisent." (p. 140)

"Le monde qui se dessine est un rêve de déprimé. Le déprimé que j'étais. Infoutu de sortir de chez lui. Peur et fatigue d'affronter la castagne à l'air libre, les bousculades du dehors. Il drague, visionne, commande, s'éduque, dialogue, bouffe et lit dans son lit.
18 heures. Il est temps que je télé-décharge toute cette aigreur dans l'eau presque pure de la Méditerranée." (p. 281)

"Tout allait très bien. Jusqu'à ce qu'elle me quitte. Je vais devoir raccrocher, car il m'est difficile de parler et de pleurer à la fois. Demain, j'appellerai quand même les flics, afin qu'ils tentent de retrouver les raisons de cette rupture, ainsi que la grosse valise qui contenait tout mon bonheur." (p. 304)

L'auteur:
Nicolas Bedos est né le 21 avril 1980. Il écrit des pièces pour le théâtre, tient une chronique à la radio puis à la télévision intitulée "la semaine mythomane". Il fait aussi du cinéma, on le retrouve notamment dans "Amour et turbulences" d'Alexandre Castagnetti. Depuis septembre 2013, il est chroniqueur dans l'émission "On n'est pas couché" de Laurent Ruquier. 
Nicolas Bedos est une personnalité très controversée car "politiquement incorrecte", on est d'accord ou non avec lui mais on ne peut pas nier son intelligence et la finesse de sa plume.

En plus:
Juste parce que j'ai rencontré Nicolas Bedos au Salon du livre 2014:





dimanche 16 mars 2014

"L'amour sans le faire" de Serge Joncour

"L'amour sans le faire" de Serge Joncour

(éditions J'ai lu)

Résumé:
Franck n'est pas retourné à la ferme depuis dix ans. Autant de temps où il n'a pas vu ses parents. Depuis que son frère est mort.
Louise va passer quelques jours à la ferme pour voir son fils. Elle est la veuve du frère de Franck.
C'est l'histoire de ces deux personnes portants le poids et la douleur de leur passé. 
C'est surtout l'histoire de leur rencontre. Ils vont se comprendre sans se parler et s'aimer sans se le dire, et peut-être s'apaiser tous les deux pour l'avenir.

Mon avis:
Ce roman est très bien écrit. Le présent et le passé des deux personnages racontés en alternance nous permettent d'approcher ces deux écorchés. L'auteur laisse entrer le lecteur dans l'intimité de Franck et Louise avec pudeur et distance de peur de les bousculer. Et puis il y a leur rencontre et toutes les émotions qui les chamboulent et qui nous bouleversent avec eux.
Il y a aussi ce petit garçon portant le prénom d'un mort mais qui est si vivant, comme un pied de nez au passé qui permet de s'ancrer dans le présent et de se tourner vers l'avenir.
Et il y a cet hymne à la nature, à la campagne sauvage et à son caractère inéluctable que les hommes peuvent tenter d'apprivoiser sans jamais la contraindre vraiment.
Il se dégage de ce livre beaucoup de bienveillance et de pudeur, et le sentiment que l'on peut se relever doucement de ses cendres.

Morceaux choisis:
"Ne pas pouvoir s'aimer, c'est peut-être encore plus fort que de s'aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s'en tenir à ça, à cette haute idée qu'on se fait de l'autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu'au plus intime, s'aimer en ne faisant que se le dire, s'en plaindre ou s'en désoler, s'aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas, sinon à peine du bout des doigts pour une caresse, une tête posée sur les genoux, une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d'éternité, on s'aime et on s'en tient là, l'amour sans y toucher, l'amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n'enveloppe pas l'autre de sa douleur comme on le submerge de son ardeur. C'est profondément à soi une douleur. L'amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal." (p.219)

L'auteur:
Serge Joncour est né le 28 novembre 1961. Il a écrit de nombreux romans dont deux ont été adaptés en film. Il a écrit le scénario de "Elle s'appelait Sarah" le film tiré du roman de Tatiana de Rosnay.

En plus:
François Busnel dans "L'Express":
"Un formidable roman des origines. Ecrit à la bonne distance, entre espoir et fatalisme. Avec, au passage, un magnifique éloge du moment présent, de l'imprévisible et de la présence du monde."

vendredi 7 mars 2014

"Muchachas" de Katherine Pancol


"Muchachas" de Katherine Pancol

(éditions Albin Michel)

J'avais plein d'autres livres à commenter avant mais je viens de terminer celui-ci.

Résumé:
Il est difficile de résumer ce roman "chorale" où se mêle beaucoup de personnages et d'histoires différentes qui sont malgré tout liées entre elles.
On retrouve Hortense, Gary, Joséphine et Zoé de la trilogie précédente ("Les yeux jaunes des crocodiles", "La valse lente des tortues" et "Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi"). Hortense qui veut toujours percer dans la mode, Joséphine belle en amoureuse jamais sûre d'elle, et tous ceux qui gravitent autour d'elles et que l'on a plaisir à retrouver comme des amis de longue date un peu perdus de vue. Et on fait connaissance avec Stella, Tom, Léonie et bien d'autres encore. Stella qui tente d'échapper à son passé et Léonie qui tente de le comprendre. Des histoires et des destins de femmes qui se croisent et qui nous donnent beaucoup d'émotions.

Mon avis:
Katherine Pancol a l'art et la manière de nous emmener dans la vie de ses personnages, de nous les faire aimer. On a peur avec eux, on aime avec eux, on vibre tout simplement avec eux. Malgré les nombreux personnages, on sait vite qui est qui, qui est lié avec qui et on se demande qu'est-ce que ce lien va changer, quel destin va être chamboulé.
J'aime beaucoup l'écriture de cet auteur, je trouve qu'elle nous embarque facilement dans son univers, je trouve qu'elle est très douée pour ça. A partir de gens simples, elle nous donne à ressentir des vies qui deviennent presque extraordinaires.
Ce qui m'a particulièrement touché, c'est l'histoire de Léonie, cette femme battue qui pense que ce qui lui arrive est de sa faute. J'avais envie de me battre pour elle, de pleurer avec elle et ensuite de pouvoir lui dire qu'il fallait qu'elle se relève pour s'en sortir.
Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de cette lecture si vous avez envie de vous y plonger.

Morceaux choisis:
Je ne savais pas quel moment choisir alors juste un extrait de cette note de l'auteur en fin de texte:
"Le couple s'est installé à quelques tables de la mienne.
Après un long conciliabule, ils ont commandé.
Je lisais mon journal d'un oeil et observais cette famille de l'autre.
L'homme parlait à la femme tout bas, tout  bas.
Il la querellait. Elle ne bronchait pas. Elle regardait droit devant elle.
Elle était enceinte de quatre mois, peut-être cinq.

Et puis...
L'homme a levé le bras et frappé plusieurs fois.
Le visage de la femme a heurté un pilier en pierre. Il a rebondi, rebondi.
Elle n'a pas émis le moindre cri.
Elle a remis ses lunettes en place.
(...)

Plus tard, j'ai suivi la femme qui se rendait aux toilettes.
L'homme m'a rejointe, m'a cloué contre la cloison.
Tu te casses ou je la dérouille, il a dit.
Elle m'a regardée.

Je n'oublierai jamais ce regard.
Elle me suppliait de ne rien dire.
Elle m'a fait signe de partir.

Je suis partie.
Et je n'ai rien vu.
Je suis restée longtemps sans rien voir.

Jusqu'à qu'à ce que je me décide à écrire.
L'écriture sert à voir ce qu'on voudrait oublier."

L'auteur:
Katherine Pancol est une romancière française née le 22 octobre 1954.
Elle est d'abord journaliste puis devient romancière, elle écrit son premier roman en 1979 "Moi d'abord". Elle prend des cours d'écriture à l'université de Columbia puis écrit d'autres romans. En 2006, "Les yeux jaunes des crocodiles" est un véritable succès, suivent ensuite "La valse lente des tortues" (2008) et "Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi" (2010).

En plus:
"Muchachas" sera aussi un trilogie:
février 2014: Muchachas 1
avril 2014: Muchachas 2
juin 2014: Muchachas 3

Moi je dis, vivement la suite!