vendredi 28 février 2014

"Un avion sans elle" de Michel Bussi

"Un avion sans elle" de Michel Bussi

(éditions Pocket)


Voici un roman rondement mené d'une main de maître par Michel Bussi.

Résumé:
Lors d'un crash aérien en 1980, il ne reste qu'une survivante, un bébé de trois mois. Seulement il y avait deux bébés dans cet avion. Alors qui est-elle? Emilie Vitral, la petite fille d'un couple de vendeurs de frites et de saucisses dans un camion sur les fronts de mer de Dieppe, ou Lyse-Rose de Carville, petite fille d'un riche industriel français?
La justice tranche pour Emilie Vitral. Mais à ses 18 ans, elle découvre le résumé de l'enquête menée depuis tout ce temps par Crédule Grand-Duc et certains éléments ne "collent" pas.

Mon avis:
Ce roman nous plonge dans une enquête où passé et présent se mêlent, où la lecture du journal de Grand-Duc retraçant 18 ans d'enquête et les pérégrinations de Marc, le frère d'Emilie, nous permettent de voir les différents éléments sous un nouveau jour.
Comme tout bon polar qui se respecte, l'intrigue est là, mais aussi le suspens, les meurtres, les rebondissements et surtout une fin inimaginable et bluffante.
Moi qui ne suis pas fan du genre, j'ai été conquise par cette histoire qui m'a embarquée.

Morceaux choisis:
"Il n'arrivait toujours pas à croire ce qu'il voyait. Ses mains tremblaient. Un immense frisson le parcourait de la nuque au bas du dos.
Il avait réussi!
La solution se trouvait là, dans ce journal, à la une, depuis le début. elle attendait patiemment: il était rigoureusement impossible de découvrir cette solution à l'époque, dix-huit ans auparavant. Tout le monde l'avait lu, ce journal, détaillé, analysé, mille fois, et pourtant personne ne pouvait deviner, en 1980, et pendant toutes les années qui avaient suivi.
La solution sautait aux yeux... à une condition. Une seule condition. Absolument délirante. Ouvrir ce journal dix-huit ans plus tard!" (page 25)

"Ayla entendit la détonation à peine un dixième de seconde avant de sentir son épaule exploser sous l'impact. Elle s'effondra. Sa clavicule se déchira une seconde fois en heurtant violemment la terre. Ayla hurla sans retenue, sous le coup de la douleur. Elle roula sur le ventre, incapable de se tourner. Tout le haut de son corps refusait de lui obéir, ankylosé, paralysé par la souffrance. Ayla essaya vainement de se redresser par la seule force de son bras valide. Comme un enfant de quelques mois tombé sur le ventre. (...)
Elle entendit les pas s'approcher. Le bruit sinistre des feuilles écrasées, de plus en plus net.
Puis plus rien." (page 307)

L'auteur:
Michel Bussi, né le 29 avril 1965, est un auteur et politologue français, professeur de géographie à l'université de Rouen. "Un avion sans elle" est son sixième roman paru en janvier 2012 aux Presses de la Cité, il a reçu entre autre le prix Maison de la Presse en 2012.
Son prochain roman "Ne lâche pas ma main" paraîtra en mars 2013.

Dans mon tas de bouquins à lire, il y a maintenant "Nymphéas noirs" (son cinquième roman), je reviendrai vous donner mon avis!


En plus:

Une vidéo de la chanson de Charlélie Couture "Comme un avion sans ailes" dont on parle dans le roman et qui est évidemment un clin d'oeil au titre!




"L'écume des jours" de Boris Vian

"L'écume des jours" de Boris Vian



J'en parlais il y a peu avec un ami, "L'écume des jours" est et restera un de mes livres préférés.
Du coup, j'ai pris plaisir à le relire pour la dixième fois sûrement, tout en cherchant ce qui me plaît autant dans ce roman.

Résumé:
Tout d'abord l'histoire d'amour, car c'est bien de cela dont il est question, entre Chloé et Colin.
Colin est un jeune homme bien sous tout rapport mais il a envie d'être amoureux. Il rencontre Chloé à une fête en tombe amoureux et se marie avec elle. Malheureusement, Chloé tombe malade (après être tombée amoureuse), un nénuphar lui pousse dans la poitrine. Colin met tout en oeuvre pour lui rendre la vie meilleure, quitte à se mettre à travailler pour lui offrir tout ce dont elle a besoin.

Mon avis:
Au-delà du malheur qui s'abat sur Colin, je trouve ce livre extraordinairement poétique. Un univers emplit d'absurde, de jeux de mots à la Queneau, pour nous permettre de regarder le monde avec un oeil nouveau.
Malgré les thèmes sérieux abordés comme le travail, la mort ou la religion, Boris Vian nous plonge dans un univers déroutant et surréel avec l'appartement de Colin qui rétrécit et devient de plus en plus obscure en fonction de l'humeur de celui-ci, la petite souris grise aux moustaches noires qui prend soin de Chloé, et la thématique de l'écume et des marécages qui nous enlise avec les personnages.
Mais ce qu'il reste malgré tout quand on referme ce roman, c'est un élan positif, c'est cette poésie qui transcende le monde qui nous entoure et qui me donne à moi un sourire aux coins des lèvres et la foi en un monde meilleur.

Morceaux choisis:
"Chloé, vos lèvres sont douces. Vous avez un teint de fruit. Vos yeux voient comme il faut voir et votre corps me fait chaud... (...)
Il me faudra des mois, des mois pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou... (...)
Chloé, je voudrais sentir vos seins sur ma poitrine, mes deux mains croisées sur vous, vos bras autour de mon cou, votre tête parfumée dans le creux de mon épaule, et votre peau palpitante, et l'odeur qui vient de vous..." (chapitre 16)

"L'auto s'était arrêtée devant un hôtel au bord de la route. C'était la bonne route, lisse, moirée de reflets photogéniques, avec des arbres parfaitement cylindriques des deux côtés, de l'herbe fraîche, du soleil, des vaches dans les champs, des barrières vermoulues, des haies en fleur, des pommes aux pommiers et des feuilles mortes en petit tas, avec de la neige de place en place pour varier le paysage, des palmiers, des mimosas et des pins du Nord dans le jardin de l'hôtel et un garçon roux ébouriffé qui conduisait deux moutons et un chien ivre. D'un côté de la route, il y avait du vent et de l'autre pas. On choisissait celui qui vous plaisait. Un arbre sur deux, seulement, donnait de l'ombre, et dans un seul des fossés, on trouvait des grenouilles." (chapitre 26)

L'auteur:
Qui ne connaît pas Boris Vian (10 mars 1920- 23 juin 1959)?
Cet homme aux innombrables talents: écrivain, poète, parolier, chanteur, musicien de jazz, critique, compositeur, ingénieur de l'Ecole Centrale, scénariste, traducteur anglo-américain, conférencier, acteur et peintre.
Malheureusement, "L'écume des jours" écrit en 1947, n'a eu aucun succès du vivant de l'auteur.
Fan de jazz, le prénom de l'héroïne du roman est inspiré du morceau éponyme de Duke Ellington:



En plus:
Un film de Michel Gondry avec Audrey Tautou et Romain Duris a été inspiré par le roman de Boris Vian.



Je suis plutôt partagée voire déçue après avoir vu ce film malgré le  choix des acteurs que j'apprécie particulièrement. Je trouve que ce film ne rend pas hommage au roman, il tire vers le burlesque plus que vers l'absurde et on a du mal à saisir toute la poésie que l'on perçoit dans le roman. Ceci dit, il est plutôt bien réalisé et Michel Gondry donne son interprétation du roman même si celle-ci ne me touche pas autant que le roman lui-même. Mais c'est le danger avec des livres qui activent autant l'imagination que ceux de Boris Vian.